Mardi 18 avril 2006
Nogaro - Aire sur l'Adour 28 Km
La nuit fut tranquille, après le vacarme dû à la course de la veille.
J'ai entendu Roger partir ce matin sur les coups de 6 heures, j'ai reconnu le bruit de son bâton dans l'allée.
Je déjeune d'un simple café, et je me mets en route. La douleur au tibia, ne m'ayant pas laissé longtemps tranquille, se réinstalle juste quelques pas après le départ...
Je marche jusqu'à l'Arblade le Haut où il s'en est fallu de peu que je mette un terme à ma course. L'idée était en train de se transformer en acte...
Soudain, je vois sortir un couple d'une maison d'hôtes. Au premier regard, je reconnais le monsieur aux cheveux gris et son épouse, ceux là même que j'avais remarqué à Eauze... Je ne pourrais affirmer (même si j'en ai une idée...), qui ou quoi les a mis là, sur mon chemin, à cet endroit et à ce moment précis où tout espoir était en train de m'abandonner... !
Dés lors, je ne cesserai de leur répéter qu'ils sont mes sauveurs, et la raison de mon futur succès.
Patricia et Gabriel font le chemin en tronçons, ils m'ont pris avec eux, comme on prend un auto-stoppeur, sans me poser de questions. Ils m'ont pris en charge et si j'osais, je dirais qu'ils m'ont adopté le temps de quelques jours, le temps de me propulser en avant. Il faut savoir que sur ce chemin, ce sont les autres qui vous font avancer et non vous... Je ne pourrai sûrement jamais les remercier de ce qu'ils ont fait ce matin là !
Avec eux, je n'ai pas vu le temps passé, nous avons parlé de tout et de rien. Nous sommes arrivés à Aire sur l'Adour vers 14h30, je pouvais à peine avancer tellement la douleur était intense.
Nous avons été véritablement accueillis comme des princes à la maison des pèlerins par Jean-Michel, maître des lieux. Cet homme, d'une rare bonté, sait ce que veut dire "donner sans rien attendre en retour". Me voyant dans cet état, il me prendra même rendez vous chez un médecin pour me faire ausculter. Les salles d'attente sont pleines à craquer, mais Jean-Michel dans le rôle de la Providence, me trouve un rendez-vous dans les dix minutes. Le verdict du médecin est sans appel : tendinite. Il me faut soit m'arrêter quelques jours, soit diminuer mon rythme et la longueur de mes étapes...
Je comprends là, que je n'arriverai pas au bout de mon projet, que je n'atteindrai pas l'abbaye de Roncevaux, mais que si je me préserve, je peux espérer avancer quand même un peu et faire encore quelques étapes supplémentaires en scindant en deux celles que j'avais prévues initialement.
Patricia et Gaby m'invitent à dîner au restaurant où juste derrière nous, à une table tout seul, mange un monsieur assez âgé ; il arrive d'Orléans à pieds, il est un peu sauvage, et a du s'arrêter à Aire pour se reposer d'une tendinite sur le tibia gauche.
Je fais le deuil de mon périple devant un verre de Haut-Armagnac, en essayant de me convaincre, décontenancé, que le principal n'est il pas d'aller au maximum de ses possibilités ?